Les draps de voyage en soie du Kerala ont une histoire

C'est en m'arrêtant devant son échoppe pour découvrir ses draps de voyage en soie que j'ai rencontré Anthony.

Tailleur depuis 27 ans, il coud toute la journée sur sa machine mécanique à pieds, prend les commandes et vend ses produits.

Un jour, une touriste lui a montré son drap de soie et lui a suggéré d'en fabriquer. Il a pris le modèle et a commencé à en faire. Ce fut un succès.

Peu de touristes

Cette année, en 2016 en fait, l'Inde a changé sa monnaie. Du coup, il était très difficile d'avoir de l'argent pour les étrangers ces derniers mois. On avait droit à changer 70 € par semaine et retirer à coup de 2000 Rps au distributeur (environ 30 € / 40 $CAN). Avec les frais qu'ATM charge et notre banque à l'autre bout, sans compter le taux de change ridicule pour ne pas dire abusif, on ne dépensait rien, que pour nos besoins primaires, se loger et manger.

Évidemment, cette situation a fait qu'il y a beaucoup moins de touristes en Inde, partout. Varkala n'y a pas échappé et tous les commerçants ont la mine longue et tentent de vendre à rabais pour pouvoir au moins manger. Anthony n'y échappe pas. La vente de ses draps en soie a chuté.

Une vie très simple

Anthony n'y a pas d'électricité dans sa boutique, même pas un fil tiré de chez le voisin. Pas de toilettes, pas d'eau courante. Il vit dans un carré de béton avec un toit en tole. Heureusement, une terrasse lui permet d'être dehors le jour pour coudre et répondre aux clients.

Anthony se lave dans la mer, dort au milieu de la boutique sur une natte qu'il roule le jour. Pour s'éclairer la nuit, il a une grosse lampe de poche qu'il recharge avec deux petits panneaux solaires le jour pour se débrouiller dès la nuit tombée, à 18h30. Il va aux toilettes chez le voisin - son proprio, le big resto à touristes en arrière.

Anthony a une famille. Une épouse, des enfants. Il les voit une journée aux 2 semaines environ. C'est la haute saison actuellement à Varkala, dans le Kerala au sud de l'Inde. Il ne peut pas se permettre plus de congés.

Il travaille pour subvenir aux besoins de sa famille. Comme beaucoup d'hommes dans ces pays. La femme reste au village et s'occupe des enfants.

Comme bien d'autres

Le serveur du resto d'à côté, Lama, vient du Bhoutan. Il a une femme et deux enfants là-bas. Il y retourne quelques mois l'été - le temps de la mousson dans le sud de l'Inde - et revient passer la haute saison à Varkala.

Je rencontre régulièrement, en Asie, ces travailleurs qui se dévouent à leur famille, d'un côté, et à leurs clients, d'autre part. Ils prennent la vie du bon côté même s'ils ne sont pas très heureux. Au moins, ils ne sont pas mal. Ils ne demandent rien de plus.

Mais quand je vois sur quoi dort Anthony et comment il vit, je me dis qu'il y a mieux. Alors, comme j'aime partager de bons produits et que j'ai un petit côté marchande, je me suis dit que j'allais l'aider à vendre ses draps de voyage en soie. Ils sont vraiment beaux... En plus, en tant qu'ancienne designer de vêtements d'enfants (1990 à 1996 à Montréal, eh oui, une de mes "anciennes vies" ;) ), j'adore jouer dans les tissus et les couleurs et l'échoppe d'Anthony en regorge.

Je pourrais aider plein d'autres personnes, me direz-vous. C'est vrai. Je le fais régulièrement. Sauf que là, je m'aide aussi à avoir des revenus en faisant quelque chose que j'aime... car je ne suis pas retraitée encore !

Cela me rempli de joie de vendre les produits d'Anthony et ainsi l'aider à vivre mieux. Un autre jour, ce sera quelqu'un d'autre...

Chaque geste d'aide qu'on fait envers quelqu'un, c'est un pas vers soi aussi, dans la bonté d'âme, dans le partage, dans la joie de l'échange et pour s'entraider à prospérer ensemble vers un plus grand bonheur.

Namasté

Dominique Jeanneret
www.dominiquejeanneret.net

Plage de Varkala, Kerala, Inde

 


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